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19 avril 1971

En exactement 8 minutes et 9 secondes les réservoirs de diméthylhydrazine asymétrique sont remplis. Il ne faut que 3 minutes et 44 secondes pour remplir les réservoirs de peroxyde d’azote. La fusée a 4 étages et mesure 61 mètres de haut. C’est la dernière évolution des fusées Proton K.

Gagarine était le premier homme à avoir voyagé dans l’espace. C’est quasiment le seul cosmonaute Russe que l’on connaisse. Il a été bien vite effacé par Armstrong et son « petit pas pour l’homme, mais un pas de géant pour l’Humanité ». Ce 19 avril 1971, personne n’est vraiment rassuré sur le tarmac du cosmodrome de Baïkonour. Aujourd’hui c’est le deuxième essai de lancement d’une cellule spatiale habitable en orbite terrestre à 222 Km de la terre. Le premier essai aurait dû avoir lieu le 10 avril 1970 qui correspondait exactement au centenaire du camarade Lénine. La colère du camarade Brejnev n’était pas belle à voir parait-il lorsqu’en cours de voyage par le train Moscou Tachkent, il apprit que pour des raisons techniques le tir n’aurait pas lieu. Rapidement il profita de l’incident pour mettre des fidèles aux postes clés.

Alors ce 19 avril 1971, les cadres du parti et les militaires en charge de la puissance spatiale Russe ne sont pas tout à fait rassurés. Le camarade Brejnev n’est pas venu assister au lancement. Il est même en visite officielle en Bulgarie. Bien sûr il y a des généraux, des pontes du parti qui sont venus. Depuis l’échec dans la course à la Lune avec les Yankees, les Russes n’avaient guère brillé dans l’avancée spatiale. Une série d’accidents qui avait causé le décès de plus de 15 cosmonautes dont celui de Youri Gagarine lors d’un vol d’essai en 1968, avait laissé un large avantage aux Américains. La guerre froide battait son plein et il ne fallait pas renoncer à montrer au monde capitaliste que la technologie socialiste était la meilleure. On a perdu la Lune, soit. Nous ferons la première station orbitale habitée.

Leonid Brejnev – Secrétaire Général du parti communiste

Baïkonour, c’est dans l’actuel Kazakhstan mais en 1971 c’était une des républiques de l’Union Soviétique. Le site est suffisamment isolé pour pratiquer tous les essais souhaités lorsqu’on développe des fusées à destinations militaire et spatiale. La Russie actuelle loue les 6700 Km² à la République du Kazakhstan pour 120 millions de dollars US par an. Par un montage financier à la Russe, cette somme arrive dans les mains du président en place. Le premier a pu se maintenir 5 élections présidentielles consécutives. Le suivant est bien parti pour durer également. Dans le 9ème pays en surface mais avec seulement 18.6 millions d’habitants, une telle somme repousse les limites de l’honnêteté démocratique.

Rien ne transparait dans le regard du commandant en chef de la base lorsque les officiels venus de Moscou passent en revue le pas de tir N°81. C’est d’ici que doit être lancé la première cellule spatiale avec un volume habitable de 90m3. Ce sera la première pièce de la première station spatiale. Le lanceur est une fusée Proton K version UR-500K (8K82K) capable de transporter 22 tonnes en orbite basse. La masse de la cellule Sailout est de 19 tonnes, on a de la marge… Pourtant il sait qu’en cas d’échec son équipe pourrait se retrouver dans des complications de carrière. L’URSS doit pouvoir annoncer aujourd’hui qu’elle a repris l’initiative en matière de conquête spatiale. Une station orbitale est un avantage militaire énorme lorsqu’on survole son ennemi près de 90 fois pas jour.

Il est 04:06, le lancement est programmé pour un décollage à 04:28:10 précisément. Les officiels prennent place, le commandant de la base fait un rapide briefing pour expliquer le déroulement des opérations aux personnes ici présentes. On va lancer Sailout et dans quelques jours ce sera le tour d’une fusée Soyouz. Dans cette fusée 4 hommes. Leur mission sera de s’arrimer, de pénétrer dans la partie habitable, de déployer les 2 panneaux solaires de 28m² chacun, de laisser 2 hommes avec ravitaillement et matériel d’observation. De rentrer avec la capsule de la fusée Soyouz avec 2 hommes. Le matin est froid, il fait -6°C, le ciel est clair au-dessus de Baïkonour comme 330 jours et nuits en moyenne annuelle. Le soleil n’en finit pas de se lever.

En exactement 8 minutes et 9 secondes les réservoirs de diméthylhydrazine asymétrique sont remplis. Il ne faut que 3 minutes et 44 secondes pour remplir les réservoirs de peroxyde d’azote. La fusée a 4 étages et mesure 61 mètres de haut. C’est la dernière évolution des fusées Proton K, les fusées Proton M, toujours utilisées en 2021, sont directement dérivées des Proton K. Ces dernières avaient été initialement développées pour transporter des missiles nucléaires intercontinentaux dans les années 1960. Ce n’est pas plus mal qu’on ait changé d’utilisation.

Diagramme de Saliout 1 avec un véhicule Soyouz en approche

Le lancement s’est bien passé l’orbite a été atteinte comme prévu. L’URSS brille à nouveau par ses capacités à innover. Leonid Brejnev lors de son passage à Sofia, s’est étonné que des journalistes occidentaux aient pu douter de l’avance technologique de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. La suite des évênements lui a montré que la modestie n’était pas une mauvaise stratégie. Les USA égaliseront en 1973 avec Skylab, une station orbitale qui est retombée sur terre durant l’été 1981.

En ce 19 avril 1971, un lundi également, une nouvelle étoile était née. Il y a juste 50 ans ou 600 mois ou 2609 semaines ou 18’263 jours ou 483’312 heures ou 26’298’720 minutes ou 1’577’923’200 secondes.
Bon anniversaire

Par baichette

Passionné de voyages, photos avec un téléphone et de vente.

3 réponses sur « 19 avril 1971 »

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