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Pour en finir avec la Chocolatine

Les faits historiques donnent raison ceux qui parlent de « pain au chocolat ».

Eveillé bien avant l’aube Adam Spiel se prépare à allumer le feu dans sa cheminée avant de pétrir, fariner ses levains de la veille. 2 heures 15 viennent de sonner au clocher du village. Il aime bien ce temps d’avant le froid autrichien, plus tout à fait l’été, pas encore l’automne. Le petit jour vient encore assez vite et le soir lui permet aussi de profiter de quelques lueurs du soleil. Bientôt ce ne sera plus que la chandelle, toute la journée. Il aime bien son métier, il est important dans Heiligenstadt son village fortifié du nord de Vienne. Son pain est réputé, sa farine est bien gardée par ses 6 chats. Il est membre Genossenschaft qui partage le moulin. Adam Spiel est un spécialiste de l’achat de céréales et sa farine est même réputée jusqu’à Vienne, à 2 lieues au sud. Son regard est inhabituellement attiré sur sa gauche lorsqu’il ressort prendre des buches pour alimenter son feu. Les matins n’ont pas cette couleur d’habitude vers Nussdorf ; le hameau fortifié 5 lieues au nord dans la vallée.

Le 12 Septembre 1683, bien avant l’aube, Nussdorf est tombé aux mains des ottomans. Les turcs assiègent la région depuis le 14 juillet. Maintenant Nussdorf brûle. Heiligenstadt est plus grand et mieux équipé que Nussdorf, mais combien sont-ils ? Combien de temps nous reste-t ’il avant qu’ils ne nous dépassent et envahissent Vienne ? Le boulanger devait décider s’il devait donner l’alerte ici au risque de précipiter la chute du dernier rempart avant la ville impériale. Il s’en remit à Dieu, et alla réveiller le curé. « Mon père. Les ottomans ont pris Nussdorf. Moi je vais prévenir Vienne. Je vous laisse réveiller le village. ». Il chevauche Vulcain, le meilleur cheval qu’il n’ait jamais eu. Il faut prévenir l’armée impériale. Parcourir plus de 2 lieues (≈8.8 Km), de nuit, sur des chemins de terre, non éclairés, le plus vite possible… à cheval… pour sauver la cité impériale. Adam Spiel peut et surtout doit sauver Vienne

Jean III Sobieski et ses renforts de troupes polonaises.

En prenant tous les risques il parvient à la porte nord avant le lever du jour. Vienne dort encore. Il n’avait pas eu l’idée d’emporter son sabre de combat, en revanche il avait pensé à emmener sa corne. Et Adam Spiel s’époumone devant la porte et réussit à réveiller la garde qui ne l’attendait manifestement pas. C’est l’Oberfeldwebel Hans-Peter Obermaier du IIIième Régiments de Dragons Impériaux qui lui répond. «  Oh là ! Maraud ! qu’est-ce qu’il te prend tu veux réveiller les Ottomans qui rodent dans le coin ? ». Ni une ni deux, l’Oberfeldwebel Obermaier prend les choses en main. Il fait rentrer le boulanger, l’écoute et l’interrompt pour ordonner qu’on lui selle un cheval, il va partir donner l’alerte. Il fait répéter au boulanger son histoire. Le veilleur de la Nordturm qu’il a fait appeler confirme : Nussdorf en feu et sûrement un rassemblement de plus de 100’000 Ottomans à 4 lieues lieues de Heiligenschaft. Les janissaires du Pacha Kara Mustafa se regroupent sur la colline du Kahlenberg.

Il lui faut décider vite et agir bien. Le campement de sa brigade du IIIième Régiments de Dragons Impériaux est basé au sud de Vienne à 2 heures. Il dépend Le camp du régiment fait office d’Etat Major des Dragons impériaux. L’Oberfeldwefel Obermaier dépend de l’Oberst Thobias Jud. Le Général du Saint-Empire Ernst-Rüdiger von Starhemberg est à moins de 10 minutes. Il faut rendre hommage au sens du devoir de Hans-Peter Obermaier : Il va briser la chaine de commandement pour gagner du temps et sauver Vienne de l’envahisseur et de ses saccages. Il sait que son acte est passible de la cour martiale avec exécution capitale mais le temps presse il doit sauver Vienne coûte que coûte. Si on sauve Heiligenschaft nous sauverons Vienne. Sinon, meurtres, viols, vols sont les violences à attendre des Turcs sanguinaires. Les soldats ottomans se paieront sur la bête à terre.

Janissaires 1683

Rien que cette idée funeste suffit à le conforter dans sa décision : l’Oberfeldwebel Hans-Peter Obermaier du IIIième Régiments de Dragons Impériaux réveillera le Général du Saint Empire Ernst-Rüdiger von Starhemberg. Lui seul en tant que Generalleutnant commandant de la place de Vienne peut réussir à arrêter les Turcs sur la colline du Kahlenberg, sauver Heiligenschaft et Vienne par conséquent. Et c’est exactement ce qui va se passer. La bataille a commencé aux premières lueurs du jour. Un messager envoyé par von Starhemberg a pu détourner les troupes polonaises de Jean III Sobieski qui venaient en renfort. L’idée était de prendre les Turcs à revers et ensuite de défendre Heiligenberg. 20’000 envahisseurs Ottomans furent tués 25’000 capturés avant que les troupes du Pacha ne renoncent. Les Autrichiens partiront à leurs trousses pendant 4 ans pour les exterminer. Mais c’est une autre histoire.

La levée du siège de Vienne 1683

Bien ennuyé, le Generalleutnant von Starhemberg relit encore le rapport des états de service de l’Oberfeldwebel Hans-Peter Obermaier du IIIième Régiments de Dragons Impériaux. Ils sont parfaits. Il a un parcours exemplaire, tant ses hommes que ses supérieurs tout le monde respecte son courage, sons sens du sacrifice et de la justice. Il a sauvé Vienne du pillage le plus féroce prévisible. En revanche il avait rompu la chaîne de commandement. Il n’était pas passé par la voie hiérarchique normale. Un tel manquement à la discipline doit être sanctionné. Il ne peut y avoir d’exception. Il sera décoré de la Croix de Fer qui est la plus haute distinction jamais donnée à un sous-officier pour sa bravoure. Il sera ensuite dégradé et fusillé le 9 octobre à 23 heures. Il n’y a pas d’autres choix qui pourrait ne pas être interprété comme de la faiblesse. Dura lex sed lex.

Graf Ernst-Rüdiger von Starhemberg

Adam Spiel était rentré dans sa ville en héro. Tout le monde voulait de lui en tant que Gemeindevorsteher (échevin). Il n’en lâcha pas pour autant son sens du commerce et commença à confectionner des Gipfeli. Des croissants en pâte feuilletée que l’on pouvait manger comme on avait mangé les Ottomans qui arborent un croissant de Lune sur leur drapeau. Il a inventé le croissant et tous les pâtissiers viennois ont fait de même donnant leurs lettres de noblesse aux viennoiseries qui furent en vogue dans toutes les cours d’Europe jusqu’à leur popularisation au XXème siécle. Les affaires ont tout de suite été florissantes. On venait de Vienne pour goûter les Gipferli originaux du boulanger qui avait sauvé son village et Vienne. Tout le monde se délectait de croissants et se hâtait d’oublier le siège de presque 2 mois, en 3 semaines la vie était redevenue paisible et joyeuse. Le 15 octobre 1683 seulement, l’inventeur du croissant apprit que l’Oberfeldwebel Hans-Peter Obermaier avait été passé par les armes.

Gravement il prit la décision de rendre hommage au sens de l’honneur de l’Oberfeldwebel. Il a connu un homme qui avait un sens du devoir hors du commun. Un sous-officier juste au-dessus des hommes du rang avait donné sa vie et son honneur pour Vienne. Mais que faire quand on est un simple boulanger et qu’on a une famille à nourrir ? L’oberfeldwebel a un seul trait sur ses galons. Je ne ferai plus jamais de Gipferli mais des Schoggibrötli en hommage au galon de ce héros, une barre de chocolat roulée dans une pâte feuilletée en forme de petit pain…. Ainsi le Schoggibrötli était né. Schoggibrötli se traduit exactement en « petit pain au chocolat ». C’est un hommage au courage et au sens du sacrifice au profit de la communauté. Que d’obscurs ariégeois qui revendiquent la « chocolatine » aient au moins un peu de respect et abandonnent leur prétendue antériorité historique. Leur histoire est située bien-plus tard. Ne laissons pas la minorité du Sud-Ouest qui parle de « chocolatine », tenter de se victimiser. Saluons humblement un geste héroïque et exigeons des pains au chocolat en hommage au galon unique d’un héros Shakespearien. On me dit à l’oreillette qu’il existerait des pains au chocolat avec 2 barres de chocolat… Restons sérieux et rappelons que Hans-Peter Obermaier n’avait qu’un galon. Un peu de respect historique s’impose.

Par baichette

Passionné de voyages, photos avec un téléphone et de vente.

4 réponses sur « Pour en finir avec la Chocolatine »

Je ne trouve aucune décoration autrichienne avant Marie-Thérèse. Il va falloir s’orienter vers la ville de Vienne pour voir s’il existait une décoration. De toutes façons le grade d’Oberfeldwebel est un grade allemand et non autrichien.

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