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Le pire manager du monde

Faire le contraire de ce que pratiquent les managers bordures, est la quasi certitude de bien manager.

Comme tu le sais il m’arrive de voyager en Syldavie (ici ou  par exemple). Lors de mon dernier voyage j’ai visité, avec mon partenaire syldave quelques entreprises en Bordurie. Les tensions entre les 2 pays ont disparu et la Syldavie est devenue un partenaire privilégié de la Bordurie. Ce voyage m’a permis de rencontrer les pires managers du monde et je me réjouis de partager toutes ces expériences avec toi. Le manager bordure est LA caricature à la fois de ce qu’il ne faut pas être et de ce qu’il ne faut pas faire. C’est tellement évident, que faire le contraire de ce que font les managers bordures devient un guide du bon management. 

Frontière Syldavo-Bordure

Mes produits sont techniques mais il ne s’agit tout de même pas de technologies spatiales. Généralement les décisions se prennent au premier niveau d’encadrement. En Bordurie, le directeur entend tout décider, donc quand un visiteur étranger est là, il est lui-même présent. Bien entendu il n’a qu’une vague idée de quoi il s’agit mais il doit montrer qu’il est le chef. Il a tellement confiance en ses capacités intellectuelles qu’il s’est senti dispensé de lire les rapports et e-mails qu’il a reçu tout au long de l’avancée du projet, alors qu’il a exigé d’être en copie de toutes les communications. Il y a une décision à prendre et il assiste aux dernières réunions sur le thème dans le seul but de montrer sa supériorité. La première caractéristique du manager bordure c’est qu’il n’arrive pas à la cheville de son égo. Et cet égo surdimensionné est l’origine de la totalité des difficultés de son entreprise. 

Tout commence au moment où, pour faire connaissance, tu poses quelques questions sur son entreprise. Là, le manager bordure ne va pas répondre sur la situation actuelle, il fera comme ces adolescents qui veulent manifester pour sauver la planète d’un désastre écologique virtuel alors qu’ils ne sont pas capables de ranger leur chambre. Il va te donner des détails sur ses plans de développement pour les 5 années à venir, sur une stratégie plus ou moins confuse mais se gardera bien d’évoquer le chaos son l’entreprise au moment où tu le rencontres. L’ éloignement du plan de développement est moins susceptible de le mettre le directeur bordure en difficulté que la situation présente dans son entreprise. Si tu lui poses des questions qui lui semblent gênantes, il te dira que c’est Sprbojd qui est en charge des opérations, du quotidien et que son rôle à lui est de la stratégie. 

Tous les managers bordures que j’ai rencontré sont gros, voire très gros. Je ne pense pas que ce soit « grossophobe » de poser la question comment peut-on prétendre diriger une entreprise lorsqu’on n’est pas en mesure de se maintenir soi-même en condition afin de ne pas souffler comme un démon après quelques marches d’escalier ? Un ventre énorme a pour conséquences de rendre la chemise plus courte devant que derrière et faire descendre le pantalon sous la taille.  Dans ces conditions, dès qu’il s’assoit et se relève une fois, le manager bordure est débraillé. Automatiquement tout charismatique qu’il puisse être, l’impression laissée est difficilement positive. Mais si tu voyages en Bordurie, je te souhaite comme moi d’en voir un se mettre en colère. Quand il s’énerve et gesticule, tout part à vau l’eau et c’est plus comique qu’effrayant ! Le cas typique d’énervement est quand Czarlitz (ou n’importe quel autre Trovik) ose faire une remarque en public. Que l’intervention de Czarlitz soit justifiée ou non, importe peu. Le malheureux a eu l’audace d’aller dans une autre direction que celle du chef, et comble de l’horreur devant d’autres personnes. En plus de son désordre vestimentaire, le directeur bordure en colère rougit et parle fort.  Il n’a qu’un but c’est d’humilier l’impétrant et lui assène une réponse du style « Depuis quand es-tu compétent sur le sujet Czarlitz ? Si tu t’occupais plutôt de la logistique / de la production / des ventes … (en fonction du poste du pauvre Czarlitz) ». Le malheureux n’a qu’une envie est de disparaitre sous sa chaise pendant que le manager se bat avec sa chemise qu’il doit rentrer tant bien que mal dans son pantalon. Et toi tu te demandes pendant ce temps comment peut-on avoir un comportement aussi contre-productif ? C’est, pour le côté burlesque cependant à voir, je t’assure. 

La première conséquence de tout ceci est que tout le monde craint de dire ce qu’il pense avant que le tyran n’ait donné son avis. Un tel manager ne se rend pas compte que tous lui cachent la vérité afin de ne pas le froisser et se trouver sous sa fureur devant les autres. Finalement chacun ment à tous les autres et le manager bordure qui a créé cette ambiance n’a plus qu’une image biaisée de la situation. Cette vision le conforte dans l’idée que tout va bien et qu’il est un manager efficace et respecté. Dans la réalité c’est tout différent, chacun dans son coin décide de travailler sans réellement tenir compte de ce chef complètement déconnecté de la réalité. Chacun ayant sa manière de survivre au sein d’une telle organisation (si on peut appeler ceci organisation) rien n’avance de manière coordonnée et tout prend plus de temps qu’il n’en faudrait. Le management bordure a pour conséquence une absence d’agilité dans l’entreprise. (Voir ici pour plus de détails)

Dans certaines entreprises bordures visitées, j’ai même vu des collaborateurs assez malins pour jouer un jeu un peu plus subtil « M. Spronz j’ai réfléchi à votre idée dont vous m’avez parlé il y a quelques semaines, et je trouve que c’est une très bonne idée, voire excellent même. On devrait faire comme vous avez dit ceci et cela ». A chaque fois ça marche, le manager bordure, trop imbu de sa personne, n’a pas dit qu’il n’était pour rien dans la très bonne idée puisqu’elle est très bonne. J’imagine qu’il ne faut pas le faire trop souvent mais à chaque fois le manager s’est rengorgé de fierté et a acquiescé d’un air reconnaissant et satisfait. « Il y a quelques-uns de mes collaborateurs qui reconnaissent mon génie ».

Parmi les entreprises bordures visitées, dans plus de la moitié des cas, les directeurs avaient des chouchous. Lors des entretiens préliminaires ou postérieurs à ceux où le chef était présent, des contacts nous ont dit que « Yegor Stassanow est nul mais sous la protection de M. Spronz et qu’on ne peut rien contre lui, il faut faire avec ».  Situation qui rajoute du mensonge et de la dissimulation, puisque Stassanow est nul et sous la protection du chef, les autres compensent cette nullité. Ils dissimulent, contournent et encore une fois c’est au détriment de la productivité et de l’efficacité. Tout ceci explique la faible croissance des entreprises bordures. Celles qui s’en sortent ne se développent que par acquisitions externes mais généralement comme un soufflé manqué, elles montent, elles gonflent mais finissent toujours par s’effondrer. Les managers bordures auraient entre-autres, intérêt à relire La Fontaine

La culture d’une entreprise n’est que la somme des comportements individuels. Le rôle du chef est de créer une équipe en qui il a confiance et qui n’a pas besoin du manager pour avancer vers des objectifs clairs. La Bordurie doit, si elle veut sortir de la médiocrité de son développement, améliorer les compétences de ses managers. Il y va de la survie de son économie. Aujourd’hui elle perd ses talents qui partent en Syldavie où ils sont susceptibles d’évoluer avec un management positif et porteur.   
Fort heureusement nous n’avons que très peu de managers bordures dans les entreprises de nos pays. 

Par baichette

Passionné de voyages, photos avec un téléphone et de vente.

2 réponses sur « Le pire manager du monde »

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