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LMA : Les pensées de Gāoguì

LMA c’est pour Le Monde d’Après. Les technologies numériques actuelles combinées avec la santé, sécurité et QR-Codes a fait ses preuves avec des résultats encourageants quant à l’obéissance des foules. Avec l’aide des réseaux sociaux finalement plutôt favorables à un statu quo, celle d’une information étatisée ou subventionnée, les risques d’opérations de manipulation psychologique à grande échelle en vue du contrôle des masses grandissent. Voyons comment cela pourrait mal tourner.

Gāoguì, comme tous les matins, juste après 10 heures, ouvre son courrier électronique. Depuis que le gouvernement, pour sauver Le Service Public Postal, avait créé le Service Centralisé du Courrier Analogique et Numérique tout arrivait le matin à 10 heures précises par e-mail. Tous les jours de la semaine. Biensûr on ne payait plus les timbres mais chaque e-mail 1 centime et chaque courrier papier était scanné et envoyé par e-mail pour 28 centimes. Ça en fait des centimes à la fin du mois. Encore des taxes déguisées. On paye pour qu’ils aient la possibilité de lire tout ce qu’on nous envoie. Les messages cryptés étaient détruits, les VPN neutralisés depuis longtemps.

Avant d’accéder il donne son code 1904 7113 0121 et le montant de 24 centimes est immédiatement prélevé sur son compte. 24 e-mails. 7 de la banque, un e-mail par transaction. Eux aussi ils prennent 1 centime pour ce service obligatoire… plus les frais forfaitaires en fin de mois. Le reste, des alertes pour des jobs complémentaires débiles. Rien de bien brillant. Sauf bien entendu celui du contrôle routier automatique. D’abord ça a été les voitures avec leur cartes SIM qui ont permis d’automatiser la gestion des infractions. Mais depuis que les vélos sont obligatoirement équipés de puces RFID-IV les amendes pleuvent automatiquement. Pour les livreurs UberEats comme lui ça fait encore des pertes sur les revenus.

Bon ce n’est pas tout Gāoguì doit se préparer. Son vélo, bien entendu made in RPC nécessite quasiment tous les jours des réparations. Comment avec le niveau de technologie et de précision qui avait été atteint il y a moins de 20 ans on en arrive à une aussi piètre qualité. Et si ce n’était que les vélos…. Mais tout est pareil. Pourtant hier il l’avait bien revissée cette poignée de frein. Pas le temps, il utilise du ruban adhésif. Il colle sur les 2 face. Ça aussi ça fait rager Gāoguì. Ça existait avant du ruban adhésif qui n’était collant que d’un côté. Il peste encore mais finit, comme toujours par trouver une solution plus durable.

Rapidement il arrive au siège local d’UberEats. Depuis que la société a été nationalisée, il faut d’abord pointer pour démarrer le travail. Il a oublié 1 fois. Comme il n’a pas été payé pour 18 courses. Il n’oubliera jamais plus. Il est malin Gāoguì, il y a tellement de concurrence qu’il a fait des cartes qu’il donne à chaque livraison. Il promet une blague différente chaque jour. Quand ils commandent les clients peuvent demander un livreur particulier. Avec son nom original et la bonne humeur qu’il apporte il fait quand même plus de courses que les autres. Avec les lois sur la modération des salaires s’il fait 20% de plus que l’objectif commun, il ne gagne que 8% de plus. Mais bon, il ne faut pas cracher sur 8% de plus pour survivre.

Il se demande souvent comment font les 35 ou 36% des gens qui n’ont pas la chance d’avoir un travail. Certes ils reçoivent l’ASU (Aide Sociale Universelle) mais ça ne va pas très loin. La plupart de ceux qui ont l’ASU bénéficie de la PGL (Participation Gouvernementale au Logement). Les couples et les familles ou aucun adulte ne travaille reçoit les BAA (Bons d’Aide Alimentaire) et les TTG (Titres de Transport Gratuits). Il n’a jamais fait le calcul mais il se doute être que la différence entre ses revenus disponibles  – après déduction de tous les frais – et la somme de toutes ces aides ne justifie pas vraiment son investissement physique. Mais il est comme ça, Gāoguì. il sait qu’il faut travailler pour vivre. Il vit à peine parce qu’il doit avec son travail participer à l’effort collectif d’aide aux personnes en difficultés financières.

En consultant l’adresse qui s’affiche sur son GPS il cherche les endroits où, moyennant quelques infractions, il pourrait gagner du temps et de la distance. Il va lui falloir livrer dans ces cités de plus de 30 immeubles tous identiques marron-gris. Comment peut-on élever des enfants dans de tels endroits? Son pays est devenu une succession de banlieues déshumanisées qui se ressemblent toutes. Les gens s’ennuient, commandent leur nourriture par Internet et regardent les chaines d’information continue. Ils sont maintenus vivants, intoxiqués d’informations en provenance du gouvernement. Les contacts entre voisins ont été prohibés pour des raisons de santé et doivent avoir lieu avec masque et distance sociale. Dans ces conditions, avec le contrôle et les dénonciations sanitaires… les gens ne se parlent presque plus. Tout le monde se méfie de tout le monde.

Le plus dur dans tout cela c’est la perte des libertés. En maintenant les gens juste au dessus du niveau de la faim le gouvernement tue dans l’oeuf toute velléité de révolte. De toutes façons les armes individuelles sont prohibées et les peines encourues en cas de possession illicite commencent à 15 ans de prison. C’est partout pareil. Aux Etats-Unis, les Démocrates gagnent toujours après des comptages et re-comptages de plus en plus douteux. La Russie s’enlise depuis plus de 10 ans dans sa guerre en Ukraine. L’Europe se comporte en pleutre comme toujours. L’Afrique c’est le Chaos. L’Amérique du Sud c’est l’anarchie. L’Asie est sous contrôle de la Chine. L’Inde est tournée vers elle-même. Le Proche et le Moyen-Orient sont soit en guerre soit sous contrôle salafiste… C’est partout pareil il y a des pénuries de tout.

Et que dirait son grand-père? A 18 ans il a fuit la Chine Communiste quelques années après la prise de pouvoir par Mao Zedong et les privations de liberté qui ont suivi. Il n’a pas accepté et a refait sa vie ici. A Fontainebleau en France. Il lui en a fallu du courage pour s’enfuir et repartir de zéro dans un pays inconnu dont il ne comprenait aucun mot. Est-ce qu’il comprendrait qu’à 37 ans il ait accepté de courber autant le dos? Est-ce qu’ils ne serait pas parti avant s’il avait vécu sa vie? Est-ce qu’il le trouverait digne du prénom qu’il porte. Gāoguì signifie noble en chinois. Ainsi allaient les pensées de Gāoguì, issu de la 3ème génération d’immigrés chinois, né en France à Fontainebleau, ce matin de novembre en 203…

Par baichette

Passionné de voyages, photos avec un téléphone et de vente.

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