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L’étrange prêtre roux Vivaldi

Non, Vivaldi ce n’est pas que le Printemps que l’on a le loisir d’écouter en musique d’attente

Généralisé dans les années 90 et encore très présent de nos jours dans les musiques d’attente téléphonique, « le Printemps » d’Antonio Vivaldi a dû en dissuader plus d’un dans l’envie de connaitre le reste de son œuvre, et pourtant il y a tant de pépites. Tout n’est que successions de hasards, pour que sa musique nous parvienne. En son temps (1678-1741) il a été une des vedettes que des rois venaient écouter jusqu’à Venise. Il faut penser Venise comme l’état indépendant de la République de Venise et non comme l’Italie qui ne sera unifiée qu’au XIXème siècle. Les rois n’aimaient pas tellement les républiques en ce temps-là.

Arrivé au monde le 4 mars 1678, un jour d’un tremblement de terre, il reçut à sa naissance un baptême immédiat, personne ne pariait gros sur les chances du petit Antonio, premier né de sa fratrie de 8 enfants (dont 6 survécurent). C’est d’ailleurs la date du séisme qui a permis de situer sa date de naissance précisément plus de 100 ans après sa mort. Son père Giovanni Battista, d’abord barbier puis très rapidement violoniste dans l’orchestre de la Basilique Saint Marc était roux. Il lui transmit sa chevelure carotte et son goût pour le violon. Précoce et doué il fut confié à une des institutions de la Basilique, la Chapelle Ducale. En quelques mois, à 12 ans, il parvint à remplacer son père dans l’orchestre principal.

Bon père Giovanni Battista voulait le meilleur pour son fils ainé. Les meilleurs musiciens de Venise étaient religieux, qu’à cela ne tienne : « tu seras prêtre mon fils ». A 15 ans il reçut la tonsure et fut finalement ordonné prêtre à 25. Et il le resta toute sa vie. La musique religieuse de Vivaldi est à tomber en admiration devant Dieu. Il faisait tant pour la musique religieuse qu’il était dispensé de service religieux par les autorités de l’Eglise de la Sérénissime à l’exception d’une messe par jour. Si mes calculs sont exacts, en cliquant ci-dessous tu devrais pouvoir goûter à cette pure grâce tout en lisant la suite. Tu me diras.

Rien que sur la réputation acquise durant ses études de musique durant lesquelles il fut audité par plusieurs grands maîtres de l’époque, il est engagé comme maître de violon au Pio Ospedale della Pietà. Chanceux du haut de ses 25 ans il est en charge de la formation des orchestres de jeunes filles. De cette période il n’est parvenu aucun témoignage d’un quelconque manquement à la règle religieuse. Seule la fin un peu brusque de son contrat permet d’envisager le pire pour l’époque.

Il s’est mis à écrire des opéras à 35 ans. Ce qui est assez tard dans sa carrière compte tenu de ses dispositions précoces (il aurait composé dès 9 ans au violon) et du fait qu’à l’époque composer un opéra c’était toucher le Graal. Ensuite il en composa pratiquement 1 par an à partir de ce moment. Dès 1705 ses sonates sont publiées par Giuseppe Sala le plus grand éditeur de Venise. Ce début de reconnaissance lui permet de devenir le musicien officiel de la représentation diplomatique française. Il obtint, grâce à cette charge, pour lui et ses parents un appartement juste derrière la Basilique St. Marc.

Edité dorénavant en Hollande, dispensé de tout service religieux, visité par tous les grands musiciens de talent du début du XVIII° siècle (dont Haendel entre autres), le prêtre roux commence à avoir une réputation sulfureuse. Entouré de jeunes femmes voire de jeunes filles il semait le trouble avec un parfum de scandale prêt à exploser. Sa musique lui permet de visiter l’Europe pour des représentation dans les salles les plus prestigieuses, mais là aussi Antonio est légèrement borderline. « Je ne voyage qu’en gondole ou en carrosse » est une remarque qui lui est souvent prêtée.

La seule liaison avérée et connue est avec l’une de ses élèves, âgée de 16 ans alors que lui en a plus de 50. Chanteuse et actrice Anna Giro, rapidement surnommée l’Annina del Prete Rosso, reçut des rôles créés sur mesure par le maitre ce qui n’empêcha pas les critiques les plus sournoises, telle celle de l’abbé Conti « son élève y fait des merveilles quoique sa voix ne soit pas des plus belles… ». Quoi qu’en disent les grincheux, Antonio Vivaldi a été le musicien le plus connu de son temps dans toute l’Europe et de loin. Mais vers 1737 son étoile commença à pâlir sans que les raisons ne nous soient parvenues.

En 1741 il entreprit un voyage avec une destination différente selon les témoignages : Graz pour retrouver Anna, Prague pour des concerts, Bucarest… On ne sait pas vraiment. Toujours est-il qu’il mourut à Vienne le 28 juillet 1741. Le cimetière qui a reçu sa dépouille n’existe plus et seule une plaque subsiste sur un mur pour mentionner que Vivaldi fut enterré là. La nouvelle de sa mort atteint Venise en septembre seulement dans l’indifférence générale. Oublié en quelques mois. Jean-Sébastien Bach est celui qui a retranscrit le plus de partitions de Vivaldi, c’est en très grande partie grâce à lui que sa musique nous est parvenue. Il faut savoir que moins de 20% de ses compositions avaient été éditées à sa mort. Pour la partie non éditée, les historiens se basent sur des copies de partitions dont étaient chargés des prêtres spécialisés. L’imprimerie balbutiait encore en ce temps… En 1973 à Manchester puis en 2006 à Ratisbonne on découvrait des trésors « oubliés » de Vivaldi.
Un météore de la ceinture d’astéroïdes et un cratère sur Mercure portent le nom de Vivaldi.
Pour se quitter une autre musique sacrée. A bientôt.

Par baichette

Passionné de voyages, photos avec un téléphone et de vente.

7 réponses sur « L’étrange prêtre roux Vivaldi »

Lettre à Elise, Sonare au Clair de Lune, Le Printemps, etc. Autant d’oeuvres victimes d’une vulgaristion a la fois bienvenue mais tellement reductrice au regard de l’immense valeur de leurs compositeurs. Merci pour cette occasion de pouvoir recentrer le débat.

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