Le 27 juillet 1953 la République de Corée (Corée du Sud) et la République Populaire Démocratique de Corée (Corée du Nord) ont signé un accord de cessez-le-feu qui est toujours en vigueur. La partie nord de la péninsule de Corée avait été libérée de l’occupation japonaise par l’Armée Rouge alors que la partie sud l’avait été par les Alliés victorieux de la guerre du Pacifique. Entre le 2 septembre 1945 (capitulation du Japon après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki) et le 25 juin 1950 le pays était divisé en 2, de part et d’autre du 38ème parallèle. Au nord un régime communiste soutenu par l’URSS et la Chine, au sud un régime démocratique appuyé sur les Nations Unies. Le 25 juin 1950, l’attaque par le nord de la partie sud est l’origine du conflit. Il va durer 3 ans et un mois, entrainer 3 millions de morts et autant de blessés.
Le cessez-le-feu aboutit, à quelques kilomètres carrés près, au rétablissement de la frontière le long du 38ème parallèle. Il est décidé de créer une zone démilitarisée (DMZ pour demilitarized zone en anglais), une bande de 4 km de no man’s land (2 km au nord et 2 km au sud de la frontière) sur les 248 km de frontière. La DMZ porte assez mal son nom puisqu’elle est surveillée en permanence par 1.2 millions de soldats et serait truffée de plus de 2 millions de mines. Depuis 1974, 4 tunnels d’invasion y ont été découverts par la Corée du Sud. A intervalles réguliers il y a des accrochages et coups de feu entre les 2 armées. De nos jours la Corée du Nord envoie des ballons chargés d’excréments humains lorsque le vent est au sud. En réponse la Corée du Sud diffuse de la K-pop sur des hauts parleurs géants en permanence et utilise également des ballons pour envoyer des CD ou sticks USB contenant de la K-Pop. Un échange de m***e si on veut le dire autrement.
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La DMZ se visite, c’est même une source de revenus touristiques certainement non négligeable pour la Corée du Sud. Les visites sont obligatoirement organisées par des agences spécialisées. On voyage en bus avec un guide accrédité. Le centre de Séoul est à moins de 25 km de la DMZ, à l’arrivée sur la zone, les passeports de chacun sont vérifiés et doivent correspondre à la liste de l’agence. Il est proposé plusieurs options : des observatoires, les tunnels, une discussion avec un défecteur… Les visites sont sujettes à annulation sans remboursement en fonction des évènements. Ainsi la visite de tunnels a été rendue impossible ce jour. Au début il s’agissait d’un lancement de ballons en nombre plus élevés que de coutume, ensuite de dynamitages par la Corée du Nord puis finalement, finalement nous avons appris qu’un défecteur avait réussi son évasion à proximité. Évènement qui se produit au rythme de 2 à 3 fois par mois sur la frontière et qui incite l’armée sud-coréenne à ne prendre aucun risque avec des masses de touristes.
Les défecteurs sont accueillis selon un protocole précis : jusqu’à 3 mois de « débriefing » afin de détecter les éventuels espions, ensuite selon les cas des soins de santé puis un training à la vie sud-coréenne. Les Nord-coréens sont aidés et suivis par le gouvernement. Ils reçoivent en environ 6 mois un passeport Sud-coréens et bénéficient des mêmes droits et ont les mêmes devoirs que tous les Sud-coréens. Le choc de la liberté n’est apparemment pas si simple que cela lorsqu’on vient de l’enfer Nord-coréen. La Corée du Nord est une prison pour l’ensemble de la population. Le service militaire dure 10 ans pour les hommes et 7 pour les femmes. Les gens sont littéralement affamés, ne choisissent pas leur profession, leur lieu de résidence et à l’exception d’une élite qui a accès à tout, l’immense majorité est en situation d’esclavage. Prendre des responsabilités, les assumer, être maître de ses choix n’est pas une affaire facile en général et encore moins lorsqu’on a été habitué depuis sa naissance à ne faire aucun choix.
Les Nord-coréens sont passés du joug communiste à celui plus violent encore de la seule dynastie socialiste de l’histoire. Le pays est détenteur de l’arme atomique grâce notamment à ses trafics divers avec le Pakistan. Les chercheurs Nord-coréens ont aussi une maîtrise certaine des lanceurs de missiles et le rappellent régulièrement au monde en faisant voler des missiles qui passent au-dessus du Japon. Depuis 2016 le pays est dirigé par Kim Jong-un, le 3ème membre de la dynastie fondée par son grand-père Kim Il-sung. Cette prise de pouvoir coïncide avec une baisse supplémentaire du niveau des droits de l’homme dans le pays. Le plus bas du monde selon plusieurs ONG. Pour les 25 millions de Nord-coréens on ne peut que souhaiter la réunification des 2 pays. Dans les conditions actuelles, rien ne dit qu’elle sera pour demain ni qu’elle sera possible sans un bain de sang… Ne les oublions pas
