Big Brother est le sommet de la pyramide du parti que décrit George Orwell dans son roman de fiction « 1984 ». Big Brother est l’être omniscient et omnipotent qui dirige tout. Le roman fut écrit en 1948 et le titre formé en inversant les 2 derniers chiffres de l’année. La fiction, inspirée par les temps incertains de l’après-guerre, est basée notre monde réduit à 3 continents constamment en guerre les uns contre les autres. La société est divisée en 3 catégories : les prolétaires, les membres du parti et le premier cercle.
Winston Smith, le héros, travaille au Ministère de la Vérité. Sa fonction est de faire correspondre les archives du passé à la doctrine du présent. Il s’agit de réécrire tous les articles qui annonçaient des prévisions mais ça consiste aussi à changer des faits historiques. Si l’ennemi n’est plus l’Eurasie mais l’Estasie il faut que ce soit corrigé dans toutes les archives. L’Estasie doit devenir l’ennemi de toujours. Un des principes qui guide les actions du parti est : qui contrôle le passé contrôle le futur, qui contrôle le présent contrôle le passé. La société ainsi décrite par Orwell est un cauchemar où tout le monde ment à tout le monde, puisque tout le monde se surveille en permanence.
Orwell était un visionnaire absolu. Il avait en 1948 pensé « l’écrantel » qui est à la fois un organe de diffusion (un téléviseur) et un appareil d’observation. On ne peut pas éteindre l’écrantel et la surveillance est permanente. Dans notre monde actuel on a tous en mémoire tel fabricant de téléviseurs qui observait ses utilisateurs. On a tous entendu notre smartphone se réveiller alors qu’on n’avait pas prononcé le « Dis Siri » ou le « OK Google » supposé déclencher l’écoute. La différence c’est que nous pouvons éteindre le téléphone, mais nous ne le voulons pas…
Une des stratégies employées par le parti pour conserver le pouvoir est d’altérer la langue pour altérer la pensée. La « novlangue » vise à supprimer des mots du langage afin que la moindre pensée d’une rébellion soit impossible. L’idée de la révolte est tuée avant sa naissance. Bien entendu la première justification de la novlangue est la simplification. Ainsi on ne dit plus « mauvais », mais « nonbon », ou « plusbon » pour « meilleur » ou encore « nonplusbon » pour pire. La novlangue permet au parti d’avoir pour slogan :
« La guerre c’est la paix »
« L’ignorance c’est la force »
« La liberté c’est l’esclavage ».
Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec l’actualité et ce que les dirigeants du monde disent. Pour prendre le conflit Ukraine Russie en exemple, on a d’un côté Poutine qui envahit l’Ukraine pour que les russophones plutôt pro-Russie aient la paix. De l’autre côté on voit l’Europe qui dit qu’il faut aider l’Ukraine à gagner la guerre pour avoir la paix. La paix n’est-elle pas le prétexte universel à toutes les guerres ?
L’actualité du conflit à Gaza est une autre illustration de la puissance d’imagination de George Orwell. Quand je vois les contre-vérités historiques qui ont été répandues dans les lycées et les facultés pour obtenir la mobilisation en faveur de la cause palestinienne, je ne peux que m’étonner de la correspondance avec « L’ignorance c’est la force ». Trouver des gens prêts à pratiquer des attentats et se sacrifier pour une cause est certainement bien plus facile dans des milieux aculturés. Sur la base de l’ignorance on pratique la guerre sur le terrain et on gagne les guerres médiatiques en bougeant les foules. Ça devient troublant non ?
Pour « la liberté c’est l’esclavage » les exemples sont quotidiens dans la politique française. C’est particulièrement vrai en période électorale. Chacun promet selon sa « clientèle » plus d’argent pour telle catégorie, plus de gratuité pour tel niveau de revenus… Tout ceci est à chaque fois organisé par l’état et a ancré l’idée que l’état peut et doit s’occuper de tout. Récemment il a été annoncé en France une aide pour réparer des vêtements ou des chaussures… Il en découle qu’une majorité attend tout de l’état. Toute proposition « libérale » est aussitôt qualifiée de « néolibérale » (les seuls autres « néo » sont nazi… c’est dire si le préfixe est connoté) et surtout organisée au détriment des travailleurs et des clients. Tout est fait pour que la liberté aux limites connues soit préférée à l’inconnu de la liberté totale. Sans l’état je suis seul, et seul je serai exploité ; mieux vaut s’en remettre à l’état. C’est une inversion des valeurs.
L’intention du roman était-elle un avertissement ou un mode d’emploi ? Je m’interroge.
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